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Une baleine vaut 1500 arbres contre le réchauffement climatique


D’après une étude datant de décembre 2019, le FMI estime qu’une simple baleine vaudrait plus de deux millions de dollars (soit environ 1,78 millions d’euros) dans la lutte contre le réchauffement climatique.


Mais pourquoi un tel engouement pour les baleines ?

Deux facteurs expliquent cela.

D’une part, la baleine se nourrit de phytoplancton (plancton végétal) et de zooplancton (plancton animal, comme le krill par exemple). Le phytoplancton est invisible à l’œil nu et absorbe à lui seul autant de CO2 que quatre forêts amazoniennes. Il sert de nourriture de base au zooplancton. La baleine stocke tout au cours de sa vie le CO2 du phytoplancton qu’elle mange (directement ou via le zooplancton). Une fois morte, elle tombe au fond de l’océan, entraînant avec elle tout le CO2 qu’elle a ingéré. Celui-ci se retrouve prisonnier dans les eaux profondes froides, se soustrayant ainsi au cycle atmosphérique. On peut dire que la baleine est en quelque sorte un vaisseau de transport du CO2 vers les fonds marins.

D’autre part, les phytoplanctons se nourrissent d’excréments de la baleine. La baleine favorise donc le développement de ces organismes aquatiques, qui, comme nous l’avons vu précédemment, sont un véritable puits de carbone.

Ainsi, une baleine absorbe en moyenne 33 tonnes de CO2 par an, ce qui équivaut à la capacité d’absorption de 1500 arbres.

Mais alors, quel est le problème ?


D’une part, à cause de nos émissions croissantes de CO2, les océans s’acidifient. Cette acidification nuit à la formation du phytoplancton. Or, sans phytoplancton, les baleines n’ont plus de quoi se nourrir. L’acidification des océans est donc une double peine : elle induit d’un côté une diminution de la population de phytoplanctons qui sont un puits de CO2 et d’un autre côté une diminution du CO2 capturé en profondeur grâce aux baleines.

D’autre part, la pêche industrielle a divisé par quatre environ la population mondiale de baleines. Le FMI estime ainsi que les baleines sont un bien public international irremplaçable qu’il faut protéger.

Pour aller plus loin – l’acidification des océans

L’acidification des océans en bref


En raison des activités humaines, la concentration en CO2 dans l’atmosphère augmente. Une partie du CO2 atmosphérique se dissout dans l’eau de mer ; les océans absorbent ainsi 25% du CO2 présent dans l’atmosphère. Or, avec l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère, les océans se retrouvent à absorber plus de CO2, ce qui fait chuter le pH global des océans : c’est l’acidification des océans. Depuis les années 1800, on estime ainsi que les océans se sont acidifiés de 30%.


De l’importance des phytoplanctons


Le phytoplancton a un double rôle. Il produit d’une part 50% de l’O2 de l’atmosphère et absorbe 37 milliards de tonnes de CO2 par an (l’équivalent de 1700 milliards d’arbres, soit quatre forêts amazoniennes).


D’autre part, le phytoplancton est le premier maillon de la chaîne alimentaire de l’écosystème marin. Baleines, poissons et coquillages dépendent donc de ces micro-organismes. Un impact à la base de la chaîne alimentaire peut avoir un impact sur tous les niveaux trophiques supérieurs. Bilan : pas de phytoplancton, pas de krill. Pas de krill, pas de baleine. Pas de baleine… Pas de baleine.

Impact de l’acidification des océans sur le phytoplancton (et autres organismes à coquilles).


Plus l’acidité des océans augmente, plus la formation d’une coquille calcaire ou d’un squelette demande aux animaux concernés de l’énergie, ce qui les affaiblit. De plus, les changements de pH des océans se sont faits si rapidement que les organismes n’ont pas eu le temps de s’adapter et leur coquille et squelette se dissolvent petit à petit. Le phytoplancton, à cause de son enveloppe calcaire, est aussi touché par l’acidification des océans. Ainsi, depuis 1899, masse de phytoplanctons a en moyenne diminué de 1% par an.

La masse de phytoplanctons chute donc depuis plus de cent ans, menaçant tant l’ensemble de la chaîne alimentaire marine que la capacité de la Terre à absorber le CO2 que l’on émet. A cela s’ajoute le fait que le réchauffement climatique entraînera aussi une élévation de la température moyenne des océans. Ceci aura pour conséquence une diminution de leur capacité d’absorption du CO2, car le CO2 se dissout mieux dans l’eau froide que dans l’eau chaude.

A terme, le réchauffement climatique aura de multiples conséquences sur les océans :

- L’acidification des océans, mettant en péril la chaîne alimentaire (dont les baleines !) et la capacité d’absorption du CO2 par le phytoplancton

- La capacité d’absorption du CO2 par les océans, amoindrie par leur réchauffement

- La dilatation des océans, principal contributeur à l’élévation du niveau de la mer

Et concrètement, pour nous, ça change quoi ?


Les impacts directs de la diminution de capacité d'absorption du CO2 que l’on émet par les océans sont aujourd’hui encore difficilement quantifiables.

En revanche, les experts alertent déjà sur les conséquences de la montée des eaux : migrants climatiques (aujourd’hui, une personne sur dix dans le monde habite dans une zone menacée par la montée des eaux) mettant une pression sur les systèmes sociaux et politiques des pays d’accueil, pertes économiques (le tourisme balnéaire représente 50% du tourisme mondial et près de 20% du PIB espagnol par exemple), réorganisation territoriale (d’ici à 2100, 1967 km de voies ferrées en France pourraient être recouvertes par la mer)...


Par ailleurs, la diminution du nombre de phytoplanctons générant une diminution du nombre de poissons présents dans les océans, des impacts économique et alimentaire sont attendus. Aujourd’hui, ce sont des millions de personnes qui dépendent de la pêche, tant d’un point de vue nutritionnel qu’économique.

Que pouvons-nous faire ?


Pour enrayer le processus d’acidification des océans, dû majoritairement à l’industrialisation, la seule solution aujourd’hui connue est la diminution des émissions anthropiques de CO2 dans l’atmosphère.

Plus concrètement, au niveau individuel français, on peut distinguer quatre domaines d’action :

  • Alimentation (18% des GES français) : manger le moins de viande possible (surtout de bœuf), acheter local, acheter des fruits et légumes de saison ;

  • Transport (28% des GES français) : préférer les transports en commun/vélo à la voiture, le train à l’avion/la voiture ;

  • Résidentiel (13% des GES français) : baisser/couper le chauffage, isoler thermiquement les habitations, éviter la climatisation ;

  • Consommation : acheter le moins possible de produits manufacturés, réfléchir à la nécessité d’achat, réduire l’exposition des plus jeunes à la publicité, moins gaspiller, moins jeter (recyclage, don).

Et chaque entreprise peut s’engager avec SustainEcho en réalisant son bilan carbone, afin de suivre et piloter ses émissions GES !

Sources :


Note :

Bien qu’une étude de UCLA semble montrer que l’acidification des océans dope les coccolithophores côtières, d’autres types de phytoplancton tels que les coccolithophores de haute mer, les diatomées et les dinoflagellés ont connu une forte baisse depuis les années 1960.

Rédigé par Marion Artaud

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