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La 5G est-elle une bonne nouvelle pour votre bilan carbone ?


Depuis le 29 septembre 2020, les opérateurs télécoms se sont lancés dans une bataille pour se répartir les fréquences d’une nouvelle technologie mobile : la 5G. Il s’agit d’une nouvelle génération de réseau mobile, qui offrira un débit dix fois supérieur à celui de la 4G.


L’arrivée de la 5G, présentée comme un indispensable, apparaît dans un contexte où la 4G n’est plus en mesure d’assurer la montée en charge du réseau actuel. L’Autorité de régulation des communications électroniques (ARCEP) affirme en effet que la consommation des données des utilisateurs augmente de 30% par an. L’objectif principal de la 5G serait donc d’améliorer le service existant et règlerait simplement un problème de débit.


Les équipements sont la principale cause de pollution du numérique


Cependant, cette nouvelle technologie préoccupe et divise. D’un côté on met en avant les enjeux industriels, économiques et technologiques, de l’autre, on dénonce les impacts sanitaires et écologiques. Aujourd’hui, le numérique représente 4% des émissions carbone mondiales (source ADEME), soit 1400 millions de tonnes de CO2 par an. La consommation énergétique du numérique entraîne des gaz à effet de serre car le numérique utilise surtout de l’énergie carbonée comme le charbon, le gaz et le pétrole. L’énergie consommée par le numérique se répartit de façon égale entre l’énergie nécessaire à la fabrication des équipements et l’énergie nécessaire à l’utilisation. Certains équipements demandent cependant beaucoup plus d’énergies à la fabrication, comme les smartphones où 80 à 90% est consommée par la fabrication (extraction des minerais, transport, transformation, assemblage). Les principaux facteurs polluants sont d’une part la fabrication des équipements des utilisateurs et d’autre part la consommation d’électricité de ces équipements. Or, la technologie de la 5G va influer sur ces deux pans du numérique, en augmentant les capacités de réseau existantes.


Les défenseurs de la 5G mettent en avant l’efficacité énergétique


Face aux accusations des dangers écologiques, les défenseurs de la 5G mettent en avant l’efficacité énergétique.


Cédric O, secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique et des communications électroniques affirmait au cours d’un entretien publié dans Le Monde le 15 septembre dernier que « la 5G c’est plus de débit mais moins de consommation énergétique » et qu’il faut « considérer que les gains de productivité et de consommation en matières premières et en ressources énergétiques sont supérieurs à la consommation brute des objets connectés ».


Un système plus économe


La 5G consommerait finalement moins que la 4G grâce à des progrès dans l’efficacité énergétique des stations et des antennes d’une part ; du réseau et de son architecture d’autre part. Du côté des antennes, l’avantage de la 5G résiderait dans une mise en veille des antennes pendant les heures creuses et donc d’une division par dix de la consommation d’électricité durant cette période. Côté réseau, des micro-centres de données, c’est-à-dire des centres de données plus petits conçus pour de nouveaux usages, seraient installés dans les stations pour faire du stockage et du calcul vers des plus gros centres de données, ce système est appelé le edge computing.


Certaines compagnies comme Nokia ou Ericsson misent sur ces améliorations en termes d’énergie. Dans son « Nokia People and Planet Report », la multinationale affirme que la modernisation des équipements permettrait 44% d’économie à usage constant, l’augmentation du trafic serait donc absorbée.


La 5G au secours du secteur minier


Au-delà des politiques et des compagnies de télécommunication, la 5G viendrait aussi en aide au secteur minier. Dans un rapport CORDIS de la Commission Européenne concernant la Suède, la 5G est mise en avant pour contribuer à améliorer la sécurité et la productivité des mines, tout en réduisant les émissions de CO2. Selon le Forum économique mondial, la 5G permettrait une réduction des émissions équivalente à 610 millions de tonnes de CO2. Ils soulignent notamment l’usage de véhicules souterrains sur batterie qui permettra de réaliser des économies d’énergie et de réduire les émissions de l’ordre de 250 tonnes par an et par machine souterraine grâce au projet « Sustainable Intelligent Mining Systems » (SIMS).


Finalement, la technologie 5G permettrait une économie d’énergie et finalement une baisse du bilan carbone. Mais alors pourquoi une telle opposition ?


Les thèses pro 5G oublient des enjeux environnementaux essentiels


Un rééquipement coûteux en énergie


Dire que la 5G pourrait consommer moins d’énergie que la 4G est vrai. Mais c’est oublier que la 5G ne va pas remplacer la 4G mais se superposer, les antennes vont être installées sur des stations qui hébergent déjà des antennes 2G, 3G et 4G.

Quant aux microcentres installés, ces derniers vont augmenter la consommation électrique et de nouveaux équipements seront nécessaires pour équiper les stations. C’est le cas dans les pays nordiques qui misent sur l’éolien. Mais la fabrication des équipements dûs à la multiplication des antennes et aux microcentres de données augmenteront l’empreinte carbone. Aussi, pour se prononcer sur cette économie d’énergie, il faudrait d’abord calculer l’empreinte carbone de la fabrication des équipements des réseaux, des utilisateurs et des centres de données. Du côté des groupes de télécommunication, Huawei affirme en effet que dans l’hypothèse de grandes avancées énergétiques avec la 5G, la consommation augmentera quand même de 5% par an entre 2021 et 2025, sans ces avancées elle augmentera de 30% par an. Mais dans tous les cas, ils affirment que le nombre d’antennes à utiliser va augmenter la consommation énergétique du réseau. De même, le président de Bouygues Télécom, Olivier Roussat, admet qu’il est « erroné d’affirmer que la 5G permettra des efforts en matière d’énergie » car « après la première année de déploiement, la consommation énergétique de tous les opérateurs affichera une augmentation importante ».


Il faut aussi prendre en compte que les installations du réseau 5G et les équipements utiliseront des composants électroniques complexes, qui demandent donc une plus grande énergie et sont plus difficiles à recycler.


Finalement, les recherches sur l’efficacité énergétique ne portent que sur l’usage et se gardent de produire des recherches sur la fabrication et la fin de vie des équipements.


L’effet rebond : enjeu non négligeable de la 5G


Et à propos d’usage, un des enjeux principaux de la 5G si ce n’est le plus important est l’évolution des usages numériques engendrés. Tout d’abord, la 5G va apporter un nombre exponentiel d’objets connectés mis sur le marché, difficile d’y résister une fois qu’ils seront là. De même, il est naïf de penser que la consommation Internet restera inchangée si nous pouvons télécharger un film en moins d’une seconde. C’est le principe de l’effet rebond : les gains environnementaux obtenus grâce à l’amélioration énergétique seront annulés par l’augmentation des usages. C’est déjà ce qui s’est passé avec la 4G. En France, la consommation de données 4G a augmenté de 442% entre 2016 et 2019 selon le « Ericsson Report Mobility » de juin 2019.


La 5G : vers un changement de modèle de société


La multitude d’objets connectés arrivant sur le marché s’inscrit dans le sillage de « villes intelligentes » ou « villes connectées » qui pourraient gérer et surveiller tous les systèmes de circulation, réseau d’approvisionnement, gestion de déchets ou encore système d’information. C’est le principe qui est mis en avant avec le projet SIMS pour le secteur minier.


La 5G va entrainer la fabrication de milliards de nouveaux smartphones, objets connectés, des millions d’antennes et d’équipements réseaux et les ressources nécessaires ne sont pas intégrées dans les impacts. Au vu de la crise climatique mondiale et des stocks de ressources disponibles, il semble difficile de croire que la 5G est une bonne nouvelle pour l’environnement.


Lorsqu’on parle de 5G, il faut prendre en compte l’ensemble du modèle de société vers lequel nous nous dirigeons. Dans une tribune parue dans Le Monde, Joachim Renaudin, analyste dans une société de conseil en transformation numérique, conclut justement : « L’infrastructure n’est pas responsable de ce à quoi elle donne vie ». Le débat sur la 5G ne se résume pas à « pour » ou « contre » la 5G en soi, le problème de fond est que plus nous pourrons consommer et plus nous consommerons.




Un moyen efficace d’agir : réduire sa pollution numérique


Sachant que la 5G a déjà été actée et qu’il ne nous reste que notre pouvoir de consommateur, il en résulte que le meilleur moyen de diminuer son impact carbone est d’opter pour la sobriété numérique. Il importe avant tout de faire preuve de responsabilité individuelle et de gérer au mieux sa consommation. Voici quelques conseils répertoriés par Greenpeace pour vous aider à réduire votre empreinte carbone numérique :


  • Tout d’abord, vous pouvez y réfléchir à deux fois avant d’acheter un nouvel appareil, tenter de le réparer ou encore acheter un appareil reconditionné.

  • Lorsque vous utilisez internet, préférez le téléchargement au streaming vidéo.

  • Tentez de privilégier le WIFI à la 4G qui représente un bilan carbone 23 fois plus élevé.

  • Enfin, même s’il semble pratique de synchroniser tous vos appareils, mieux vaut éviter les objets connectés et de ne stocker que le nécessaire sur le cloud.



Paloma Petrich


BIBLIOGRAPHIE

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